Le documentaire Chapitre 10 vous plonge au cœur des 24 Heures du Mans 2026. Mais que se passe-t-il derrière les images ? Quels choix ont façonné cette semaine ? Quelles leçons une équipe retire-t-elle d’une telle épreuve ?
Dans cet entretien exclusif, Nicolas Minassian revient avec lucidité sur les temps forts de cette édition 2026, partage son analyse de la performance collective et livre son regard de Team Principal sur ce qui fait la différence au plus haut niveau.
👉 Avant de découvrir son débrief, revivez cette semaine de l’intérieur grâce à notre documentaire « Chapitre 10 ».
Les 3 enseignements de Nicolas Minassian
- Préparer pour exécuter. Une course comme Le Mans se construit toute l’année, pour arriver sur place avec des réponses plutôt qu’avec des questions.
- Les détails font la différence. Avec un même châssis, un même moteur et les mêmes pneus, la performance se joue dans l’exécution et la capacité à prendre les bonnes décisions au bon moment.
- La cohésion avant tout. La plus grande fierté d’une équipe ne réside pas uniquement dans le résultat, mais dans sa capacité à rester soudée face à l’adversité.

Les 24 Heures du Mans représentent-elles un objectif qui se prépare uniquement quelques semaines avant la course ?
Pas du tout. Les 24 Heures du Mans, c’est une préparation permanente. Dès que l’édition précédente se termine, nous travaillons déjà sur la suivante. Les 24 Heures du Mans 2025 à peine terminées, nous préparions déjà 2026.
Cette année était particulière puisque nous célébrions également dix années de participation au Mans. Ce n’est pas fréquent pour une équipe de revenir chaque année avec la même passion, tout en continuant à progresser.
La préparation ne concerne pas uniquement la voiture. Nous travaillons sur/avec les pilotes, les mécaniciens, les ingénieurs, la logistique, l’opérationnel, la coordination, la communication et l’ensemble des procédures. Une équipe de course est composée de nombreux départements et notre mission consiste à faire en sorte que tout fonctionne de manière fluide et efficace.
Que représente aujourd’hui la concurrence en endurance ?
Le niveau est extrêmement élevé. Nous avons tous le même châssis, le même moteur et les mêmes pneus. La différence se fait donc dans les détails.
Chaque équipe cherche à résoudre les mêmes problématiques, mais chacune emprunte des chemins différents. Certains trouveront un gain ici, d’autres ailleurs. C’est une recherche permanente d’optimisation.
L’objectif est d’être rapide dans nos décisions, tout en restant simple pour avoir de la réactivité.
Comment l’équipe est-elle arrivée au Mans cette année ?
Très bien préparée. Après notre podium au Castellet, nous avons immédiatement poursuivi le travail avec des essais en configuration Le Mans. Nous avons réalisé beaucoup de simulation, aussi bien avec les pilotes que sur les aspects aérodynamiques et mécaniques de la voiture.
Quand nous arrivons au Mans, nous ne voulons plus être dans la préparation. Nous voulons être dans l’exécution. Toute l’année est justement construite pour arriver sur place avec des réponses plutôt qu’avec des questions.



Les premiers jours ont-ils confirmé ce travail de préparation ?
Oui. Dès la journée test, les pilotes étaient à l’aise dans la voiture et tous les indicateurs étaient positifs. Nous avons validé les pneus, la consommation, les réglages, les procédures de ravitaillement et l’ensemble de notre organisation.
Tout au long de la semaine, nous avons été compétitifs. Je pense même que nous faisions partie des références de la catégorie.
Quand vous sentez que vous avez trouvé le bon équilibre, que les pilotes travaillent parfaitement ensemble et que l’équipe fonctionne bien, cela crée naturellement une dynamique positive et nourrit les ambitions.
La qualification a également été réussie…
Oui, même si la qualification n’est jamais l’élément décisif au Mans. On peut partir loin sur la grille et remporter la course.
En revanche, une bonne qualification est importante pour la confiance. Elle valide le travail effectué sur la voiture, rassure les pilotes et donne de l’énergie à toute l’équipe.
« Nous étions une belle équipe, nous étions très performants,
Nicolas Minassian
mais cette année quelqu’un a été plus fort que nous.«
Comment analysez-vous le déroulement de la course ?
Le départ a été excellent. Job a parfaitement rempli sa mission. Son expérience est précieuse et c’est pour cela que nous lui avions confié le départ.
Très vite, nous avons constaté que notre rythme était au rendez-vous. Mais Le Mans reste Le Mans. Même lorsque tout est préparé avec minutie, il y a toujours une part d’imprévu. Bien que tu prépares Le Mans le mieux possible, chaque édition est différente, donc l’anticipation reste clef à chaque fois.
Nous avons connu quelques incidents mineurs, notamment deux écrous de roue endommagés qui nous ont coûté quelques secondes. Nous avons également reçu une pénalité après un drapeau jaune mal négocié, une crevaison et, surtout, nous avons perdu énormément avec l’intervention de la voiture de sécurité au mauvais moment, car nous étions en décalé par rapport à la concurrence, suite aux différents problèmes rencontrés.
C’est probablement ce qui nous a le plus pénalisés dans notre course.



Ressentez-vous de la frustration après cette édition ?
Je parlerais davantage de lucidité que de frustration.
Les équipes contre lesquelles nous nous battons sont excellentes. Cette année, les vainqueurs ont réalisé une très belle course et ils méritent leur succès.
De notre côté, nous avons tout mis en œuvre pour être performants. Nous avons simplement eu moins de réussite dans certains moments clés.
Nous avons tous donné le maximum et c’est ce qui compte.
L’esprit IDEC SPORT reste-t-il votre principale force ?
Absolument.
Nous avons une équipe très soudée. Il existe une vraie culture d’entraide et de solidarité. Bien sûr, nous sommes des professionnels, mais il y a aussi de véritables liens humains entre les membres de l’équipe.
Lorsque quelqu’un rencontre une difficulté, il y a toujours quelqu’un pour l’aider.
Cette cohésion fait partie de notre ADN. Patrice Lafargue a toujours porté ces valeurs et elles continuent aujourd’hui à guider notre fonctionnement.
Nous sommes convaincus que nous sommes plus forts ensemble que séparément.



Malgré le résultat, qu’est-ce qui vous rend le plus fier après cette édition ?
Je suis fier de l’état d’esprit de l’équipe.
Dans le sport automobile, on parle beaucoup du résultat final, mais il ne faut jamais oublier l’investissement humain qu’il y a derrière. Pour moi, si chaque membre de l’équipe peut rentrer chez lui, se regarder dans la glace et se dire : « Je n’ai peut-être pas obtenu le résultat que j’espérais, mais j’ai donné mon maximum », alors il y a déjà quelque chose de très beau.
Donner le meilleur de soi-même, c’est une réussite en soi. Ensuite, si ce maximum n’était pas exactement ce qu’il fallait à ce moment-là, notre rôle est d’analyser, de comprendre et de réajuster. C’est comme cela que l’on progresse.
Notre force, c’est la cohésion. Quand une équipe est soudée, elle devient plus forte que la somme de ses individualités. Aujourd’hui encore, aux 24 Heures du Mans, nous étions une très belle équipe. Nous étions performants. Simplement, cette année, quelqu’un a été plus fort que nous.
Quel regard portez-vous sur les performances de vos trois pilotes ?
Ils ont tous apporté quelque chose de très fort à l’équipe, et surtout il ont travaillé magnifiquement ensemble.
Job Van Uitert a démontré toute son expérience et sa vitesse. C’est un pilote sur lequel nous pouvons toujours compter dans les moments importants. Un pilier de l’équipe.
Paul Lafargue mérite également beaucoup de reconnaissance. J’aime rappeler que ce n’est pas son métier à plein temps. Pourtant, compte tenu du temps qu’il peut consacrer à la course automobile, ce qu’il parvient à accomplir est impressionnant. Son niveau de performance et sa qualification ce week-end en sont la preuve. Cela me fait vraiment plaisir de le voir exploiter autant le potentiel de la voiture.
Enfin, Valerio Rinicella a parfaitement saisi l’opportunité qui lui a été offerte. Paul a beaucoup insisté pour qu’il rejoigne l’équipe et il a répondu présent. Il a démontré une belle maturité, beaucoup de vitesse et surtout il nous a ramené la voiture intacte. On dit souvent que les jeunes pilotes manquent parfois de gestion ou d’expérience. Lui a montré tout l’inverse.
Pourquoi Le Mans reste-t-il un défi à part entière ?
Parce que c’est probablement le plus beau défi du sport automobile.
Le Mans est une course profondément humaine. Elle met à l’épreuve les hommes autant que les machines. Quand vous atteignez les objectifs que vous vous êtes fixés, la satisfaction est immense. Et lorsque vous échouez de peu, l’envie de revenir encore plus fort est tout aussi forte. Au Mans chaque édition est différente.
C’est ce qui rend cette épreuve unique.
En une phrase, comment résumeriez-vous ces 24 Heures du Mans ?
Nous étions une belle équipe, nous étions très performants, mais cette année quelqu’un a été plus fort que nous.
À revoir
🎬 Chapitre 10 – Le documentaire officiel
Revivez les temps forts de cette semaine aux 24 Heures du Mans 2026 à travers notre documentaire de 9 minutes, disponible sur IDEC SPORT TV.