Voile

DANS L’ATTENTE D’UNE METEO PROPICE

Etablir un temps référence entre les rivages nord américains et la vieille Europe a, tout au long du 19ème puis du 20ème siècle, tenté, fasciné, hanté voire, les marins qui par fait de pêche ou de commerce ralliaient les ports d’Europe du Nord au Nouveau Continent. C’est en 1905 qu’un Américain, Charlie Barr et sa goélette Atlantic la bien nommée frappaient les esprits avec un rush d’un peu plus de 12 jours entre New York et la Cornouaille anglaise effectué uniquement avec le vent pour seule force propulsive. Eric Tabarly donnait un nouveau lustre à ce parcours en 1980 en effaçant Charlie Barr des tablettes, au terme d’une aventure en trimaran de plus de 10 jours qui inaugurait véritablement la course aux grands records de l’ère moderne.Les records de toutes natures et sur tous supports sont aujourd’hui pléthores, et si tous revêtent une incontestable valeur sportive, peu porte dans leurs concepts autant de force, de puissance imaginaire que ce parcours entre New York, porte d’entrée des Amériques, et l’entrée de la Manche, voie d’accès vers les grands ports de l’Europe du Nord. Route des grands liners, zone mythique des grandes pêches d’antan, l’Atlantique d’Ouest en Est murmure à l’oreille des voyageurs ses promesses de mystère et de rêve, Nantucket, le cap Race et les grands bancs, l’Atlantique entre Terre-Neuve et la verte Erin… autant de paysages, autant d’horizons chargés de mystères et de peurs ancestrales que Francis Joyon, seul à la barre de son grand voilier IDEC se propose de partager avec nous, terriens avides d’aventures hors normes certes, mais aussi d’histoire d’hommes et de mer.Le mercredi 6 juillet 2005, Francis Joyon pulvérisait le record de la traversée de l’Atlantique Nord à la voile et en solitaire. Son temps de course : 6 jours, 04 heures, une minute et 37 secondes pour rallier le phare d’Ambrose au large de New York au cap Lizard, à la pointe occidentale de la Cornouaille anglaise, soit une distance de 2 980 milles nautiques à la moyenne de 19,75 noeuds. Il reléguait alors à plus de 22 heures le précédent temps de référence réalisé en juillet 1994 par Laurent Bourgnon et son trimaran de 60 pieds Primagaz. Francis et son trimaran IDEC amélioraient au passage de près de 9 heures le chrono signé en 1990 par le catamaran Jet Services V et son équipage mené par Serge Madec. Thomas Coville et son maxi-trimaran Sodebo sont depuis passés par là et ont battu le chrono de Francis et de son trimaran IDEC premier du nom, vénérable plan VPLP Van Péteghem – Lauriot Prévost de 23 mètres. Un nouveau trimaran IDEC, plan Irens lancé en 2007, détient depuis le record du tour du monde en solitaire. C’est ce trimaran de près de 30 mètres qui attend Francis sagement dans la marina de Brooklyn sur l’Hudson, prêt à ravir un record auquel le skipper de Locmariaquer attache une tendresse très particulière, malgré son incroyable dureté. Il faudra pour cela aller encore plus vite que Coville qui, le 15 juillet 2008 signait une hallucinante performance à 20,97 noeuds de moyenne en avalant le parcours en 5 jours, 19 heures, 29 minutes et 20 secondes. Autant de jours et d’heures d’angoisse, en lutte avec un impitoyable chronomètre, dans la brume, le vent, le froid, la mer… sur un voilier en permanence à la limite de la sortie de route… La quête de l’exploit passe par l’attente, la patience et le discernement. Pas question de se tromper par excès d’impatience. Le facteur chance prend devant l’ampleur du challenge une part prépondérante et Francis attend patiemment son heure, ou plutôt celle d’Eole.

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